Le lendemain d’une des introductions en bourse les plus spectaculaires de l’histoire financière, la question qui occupe désormais tout Wall Street n’est plus “SpaceX va-t-il entrer en bourse ?” mais “SpaceX et Tesla vont-ils fusionner ?” Les déclarations de Gwynne Shotwell, présidente de SpaceX, lors de l’IPO du 12 juin, ont enflammé les spéculations. Et les analystes de Wedbush ne mâchent pas leurs mots : cette fusion serait le “Holy Grail” de l’empire Musk.
L’étincelle : les mots de Gwynne Shotwell
Lors d’une interview accordée à CNBC dans la frénésie du premier jour de cotation de SpaceX, Gwynne Shotwell a lâché une phrase qui a fait mouche dans les salles de marchés :
“Cela pourrait rendre la vie d’Elon un peu plus simple, à vrai dire.”
En réponse à une question sur une éventuelle fusion SpaceX-Tesla, la présidente de la compagnie spatiale a poursuivi : “Il n’y a aucun doute qu’il y a des synergies entre Tesla et SpaceX pour nos futurs respectifs. Il y a définitivement une convergence dans ce que nous essayons tous d’accomplir.”
Des mots pesés, mais lourds de sens. Shotwell n’a pas dit non. Et dans le monde des affaires, quand la présidente d’une entreprise qui vient de lever des dizaines de milliards en bourse ne dit pas non à une méga-fusion, les marchés entendent “oui”.
Les fondements d’une fusion qui se construit depuis des années
Ce qui est frappant dans cette affaire, c’est que la fusion SpaceX-Tesla ne serait pas un mariage d’opportunité — les deux compagnies construisent déjà leur intégration depuis plusieurs années.
La Terafab : le projet commun qui dit tout
SpaceX et Tesla co-gèrent le projet “Terafab”, une méga-usine de production de puces évaluée à 55 milliards de dollars. Cette installation est destinée à produire des processeurs pour la robotique et le voyage spatial — deux domaines où les deux entreprises ont des intérêts convergents évidents.
Le Terafab n’est pas une simple collaboration : c’est une infrastructure partagée qui crée une dépendance mutuelle entre les deux entités. Démêler ces liens serait aussi complexe que les tisser — ce qui, en pratique, plaide pour une intégration plutôt que pour une séparation.
Les achats croisés déjà documentés
Les liens financiers entre SpaceX et Tesla sont déjà substantiels et documentés :
- 506 millions de dollars de batteries Tesla Megapack achetées par SpaceX pour alimenter ses installations
- 103 millions de dollars de Cybertrucks acquis par SpaceX pour équiper ses sites
- Des collaborations sur la propulsion électrique pour les véhicules de transport de personnel
L’absorption de xAI et X
En février 2026, SpaceX avait déjà procédé à une première méga-opération en absorbant xAI (la startup IA de Musk) et le réseau social X (anciennement Twitter). L’empire Musk se consolide progressivement, avec SpaceX comme pivot central de la stratégie post-IPO.
Wedbush fixe une probabilité de 80%
L’analyste star de Wedbush, Dan Ives, ne fait pas dans la demi-mesure. Dans une note publiée quelques jours avant l’IPO de SpaceX, il qualifiait une fusion SpaceX-Tesla de “Holy Grail” — le graal sacré — et estimait la probabilité d’une telle opération à plus de 80%.
La logique industrielle selon Ives
La thèse de Wedbush repose sur plusieurs piliers :
1. Le contrôle de l’écosystème IA : En fusionnant SpaceX (infrastructure spatiale, Starlink), Tesla (voitures autonomes, robots Optimus), et les capacités IA de xAI, Musk créerait une entité verticalement intégrée capable de contrôler la chaîne complète depuis les puces jusqu’aux applications.
2. La valorisation amplifiée : L’action SpaceX, dopée par son IPO record, constitue une monnaie d’acquisition extraordinairement puissante. C’est d’ailleurs avec des actions SpaceX que le rachat d’Anysphere (Cursor) pour 60 milliards de dollars vient d’être finalisé.
3. La simplification du gouvernement d’entreprise : Gérer deux sociétés cotées avec des intérêts croisés, des projets communs et le même PDG est une source permanente de conflits d’intérêts. Une fusion résoudrait structurellement ce problème.
L’empire Musk : cartographie d’un conglomérat unique
Comprendre les enjeux de cette fusion potentielle suppose de prendre du recul sur l’ensemble de l’édifice que Musk est en train de construire.
| Entité | Valorisation (est.) | Activité principale |
|---|---|---|
| SpaceX | ~800 Mds $ | Lanceurs, Starlink, IA spatiale |
| Tesla | ~700 Mds $ | VE, Optimus, FSD |
| xAI / X | N/D (absorbés par SpaceX) | IA, réseau social |
| Anysphere (Cursor) | 60 Mds $ | IA coding |
Un SpaceX-Tesla fusionné représenterait la plus grande capitalisation boursière au monde — dépassant Apple et Microsoft — avec une présence dans des secteurs aussi divers que l’espace, l’énergie, l’automobile, l’intelligence artificielle et la robotique.
Les obstacles réglementaires : un chemin semé d’embûches
Enthousiasme mis de côté, une fusion SpaceX-Tesla soulèverait d’immenses questions réglementaires.
La question antitrust
Aux États-Unis, le Département de Justice (DOJ) et la FTC examinent scrupuleusement les méga-fusions. Une entité combinant Starlink (communication spatiale mondiale), Tesla Energy (stockage d’énergie), et Optimus (robotique) contrôlerait des pans entiers de l’économie critique.
Cependant, avec l’administration Trump actuellement au pouvoir et ses liens bien documentés avec Elon Musk, l’environnement réglementaire américain est probablement plus favorable que sous n’importe quelle autre administration.
Les actionnaires Tesla pourraient résister
Les actionnaires de Tesla ont déjà voté pour attribuer à Musk un package de rémunération de 56 milliards de dollars — décision contestée en justice. Une fusion avec SpaceX pourrait créer de nouvelles tensions si les conditions d’échange d’actions ne sont pas jugées équitables pour les actionnaires Tesla.
Les contrats gouvernementaux de SpaceX
SpaceX est le principal prestataire de la NASA et du Pentagone pour les lancements. Ces contrats incluent souvent des clauses sur la structure actionnariale et la propriété des entités contractantes. Une fusion avec Tesla — entreprise purement commerciale — pourrait compliquer le renouvellement de certains contrats sensibles.
Shotwell elle-même tempère les ardeurs
Malgré ses mots qui ont alimenté la spéculation, Gwynne Shotwell a pris soin d’ajouter une précision importante : “En ce moment, je suis concentrée sur le maintien des lumières allumées ici.”
La présidente de SpaceX indique ainsi que la priorité immédiate est d’assurer la bonne gestion d’une entreprise qui vient de réaliser l’une des plus grandes IPO de l’histoire — avec tout ce que cela implique en termes de transparence accrue, de reporting trimestriel, et d’attentes des nouveaux actionnaires publics.
Une fusion, si elle se produit, ne sera donc pas pour demain. Mais les fondations sont posées.
Ce qu’il faut retenir
La question n’est plus de savoir si Elon Musk veut fusionner SpaceX et Tesla, mais quand et à quelles conditions :
- Gwynne Shotwell a explicitement évoqué des synergies et n’a pas exclu une fusion lors de l’IPO SpaceX
- Dan Ives (Wedbush) estime la probabilité à plus de 80% et parle de “Holy Grail”
- Les deux entreprises partagent déjà la Terafab à 55 Mds$, des achats croisés massifs, et des roadmaps technologiques convergentes
- SpaceX a absorbé xAI et X en février 2026 — la consolidation est déjà en cours
- Les obstacles réglementaires existent mais l’environnement politique américain est actuellement favorable
Pour les investisseurs, la vraie question est : les actions Tesla reflètent-elles déjà ce scénario ? Avec une valorisation de ~700 milliards et un PDG dont l’attention est tiraillée entre plusieurs entités, Tesla pourrait bénéficier massivement d’une intégration qui lui donnerait accès à Starlink, à Cursor, et à l’infrastructure IA de xAI.
L’empire Musk se dessine. Et il pourrait bientôt n’avoir qu’un seul nom.
Pour aller plus loin : découvrez notre article sur SpaceX qui dépasse Amazon et Microsoft en capitalisation et notre couverture de l’acquisition de Cursor par SpaceX.